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Anecdote de 1990 sur le millésime 1987
 

Mardi le 31 août, 2010


Mon idée première, aujourd’hui, était d’écrire sur la ROMANÉE-CONTI, sans doute le vin le plus cher au monde. Justement, qui peut se payer un vin qui vaut selon certaines chroniques prises sur internet… Aux Galeries Lafayette, à Pairs, en 2009, une bouteille de Romanée Conti 2005 valait 18 000€ ou 22 700$ canadiens et une caisse panachée de 12 bouteilles du domaine de la Romanée Conti dont une seule de l’appellation proprement dite valait 5 596€ ou 7 050$.

Aussi ai-je changé de sujet pour vous raconter ce que j’écrivais, le 15 septembre 1990, dans le quotidien Le Soleil de Québec, alors que je rappelais une expérience assez exceptionnelle à propos du fait que parfois, les grands «spécialistes de l’information» peuvent influencer négativement leurs lecteurs, au sujet de certaines circonstances qui entourent la naissance d’un millésime de vin.

Voici quelques extraits de mon article paru dans le quotidien LE SOLEIL, à cette date, «Samedi dernier (donc sans doute le 8 septembre 1990) la SAQ offrait à environ cinquante amateurs, la possibilité de déguster des grands crus classés de diverses appellations du Bordelais; tous ces vins portaient une marque, un caractère particulier : ils étaient tous du millésime 1987. La SAQ m’avait demandé de présenter le millésime et de commenter les 57 produits mis en dégustation. Les participants devaient débourser 270$ pour la journée qui s’est déroulée de 8h30 à 17h. Une journée bien remplie, suscitant cependant beaucoup d’interrogations et même d’inquiétudes???

Cette année 1987, en effet, les grands pontes, les prophètes incontestés du vin que sont les commentateurs et chroniqueurs des publications spécialisées avaient presque unanimement décrété qu’à cause du temps froid, des pluies abondantes et d’autres facteurs, le millésime serait perdu. Sans même attendre de connaître ce que les vignerons et les œnologues du Bordelais étaient en mesure de faire, ils ont tout simplement et tout catégoriquement déclassé le millésime 1987, avant même que les vendanges ne soient terminées. Et, c’était sans tenir compte du savoir-faire des vignerons ni de la grande qualité des vignes du Bordelais.

En fait, un peu partout, en Gironde et sans doute ailleurs également, les responsables des vendanges et de la vinification ont dû éliminer, au moment de la cueillette, plusieurs grappes dont les fruits n’avaient pas atteint une maturité suffisante, puis ils ont procédé à une évaluation de la qualité des moûts ne conservant que les meilleurs.

Toutes ces précautions ont fait que malgré des conditions climatiques désastreuses, on a réussi à faire bon nombre de vins «buvables» qui ont eu l’avantage de vieillir plus tôt, donc, ont permis aux amateurs de les consommer plus rapidement.

Pour rappeler un peu la situation climatique d’alors, voici ce que j’écrivais le 15 septembre 1990 : «Parce le temps et la température, tout au long de l’année, ont été néfastes à la vigne et au vin, ce fut, en effet une bien piètre année, pour ne pas dire nettement mauvaise… : janvier a été très froid, le thermomètre étant descendu à 3° de moins, en moyenne que la normale. En juin qui a été passablement froid, la floraison a été nettement retardée; les choses se sont rétablies, en juillet, mais tout l’été, en général a été largement pluvieux en alternance avec des périodes de chaleur excessive.

Pour finir le plat, durant les vendanges, en octobre, il a plu jour après jour et en abondance rendant les raisins surchargés d’eau. Ce fut presque un miracle qu’on ait réussi à produire quelques bouteilles de belle qualité qui ont fait dire à Michel Phaneuf «il y a certes de bons vins (1987), jamais puissants ni concentrés, mais élégants, fruités et d’évolution rapide».

. Je ne crois pas que de nos jours, les chroniqueurs aient une si forte influence sur les consommateurs avertis. Ils s’abstiennent sans doute, de porter des jugements trop catégoriques, avant que tout ne soit réglé. Quoiqu’il en soit, en résumé, je vous invite, chers amis lecteurs œnophiles à vous faire une idée par vous-mêmes, vous qui payez le vin, pouvez de plus en plus vous faire une très bonne idée sur ce que VOUS aimez ou n’aimez pas!

Grand bien vous fasse!

Jean-Gilles Jutras
Ambassadeur du vin au Québec


 
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